Cyclotourisme, ni compétition, ni tourisme pur, mais sport universel - Charles ANTONIN, premier président de la FFCT.
Cyclotourisme : Tandem noir raconte ses voyages et randonnées à vélo, en tandem, le plus souvent en cyclo-camping.

 

 

Notre sélection de romans et récits

 

Jacques Faizant
Albina et la bicyclette

Calmann-Lévy, 1968

Albina roule en tête
Calmann-Lévy, 1977

Pour nombre de cyclotouristes, ces deux livres du dessinateur à la pipe Jacques Faizant sont des références. Ces chroniques sont pleines d'humour et de charme. Si elles font découvrir en souriant le parcours initiatique d'une jeune Américaine au sein du cyclotourisme, elles sont aussi pétries du vécu de l'auteur. Jacques Faizant est un vrai amoureux de la randonnée à bicyclette. (N'oublions pas qu'il a été membre pendant plusieurs années du Conseil d'administration de la FFCT).
Sous les nombreuses anecdotes drôles mettant en scène Albina et aussi Michel, Jérôme, Bernard, Patrice, Nicolas, l'auteur fait plus que nous divertir. Il nous transmet son savoir sur la pratique du cyclotourisme.


" Béatrice se fâche tout rouge :
- Mais envoie-les donc promener ! Fais un autre sport ! C'est ridicule, à la fin !
- Les autres sports m'ennuient, à présent.
- Eh bien, ne fais pas de sport ! Tout le monde ne fait pas de sport, après tout !
- C'est une agréable occupation.
- J'en connais d'autres !
Albina soupire :
- Où est-ce que tu seras, Jeudi, vers 4 heures ?
- Jeudi vers ... ? Je ne sais pas, moi ! Ah si ! Je vais à un thé chez une amie.
Albina retourne sa sacoche et la vide entièrement sur la table. Elle jette la robe verte sur un fauteuil.
- Moi, jeudi vers 4 heures, je serai arrivée au sommet de l'Awbisk.
- Et alors ?
- Et alors ? Vous, vous serez des millions de femmes à prendre le thé chez des amies et moi, peut-être, je serai la seule fille à être arrivée à cette moment-là au sommet de l'Awbisk avec juste mes jambes et mon baïcycl' !
- Et ça prouve quoi ?
- Ca prouve rien. Mais moi, rien que d'y penser, dit Albina en plaçant une chambre à air au fond de son sac, moi j'exalte !"

 


 

Pierre Roques

Du soleil dans mes rayons
Denoël, 1976
Disponible en version CD-ROM éditée par la FFCT (Rubrique Boutique - Multimedia)

Grand randonneur, conteur et photographe, Pierre Roques a écrit là une suite de chroniques mettant en scène Godefroy (le pseudonyme sous lequel se cache l'auteur). Ses récits sont puisés aux sources mêmes du cyclotourisme. Toutes les facettes de notre activité y passent : la randonnée, le voyage en cyclo-camping, les sorties hivernales, le BRA, la RCP, le Tour de France randonneur (le vrai celui de 4800 km !), la Flèche Vélocio, les cyclo-muletiers jusqu'à l'assemblée générale et l'organisation d'une sortie dominicale. Mais en Pyrénéen, Pierre Roques nous fait partager sa passion de la montagne. Il s'en dégage à la fois une vraie pédagogie du cyclotourisme mais aussi une vraie passion pour un cyclotourisme authentique.

Ce livre maintenant épuisé est disponible sous forme de CD grâce au travail de Dominique Pacoud et à la commission Ethique Culture et Patrimoine de la FFCT. Pour obtenir ce CD, consultez la rubrique Boutique - Multimedia sur le site de la FFCT.


"26x26 tout de suite. Que les rieurs rient. Godefroy ne rit pas. Il a chaud, très chaud, ses jambes sont lourdes, son souffle étriqué. Les gouttes de sueur lui chatouillent les ailes du nez et il se gratte rageusement. Rien ne va sur son vélo ; il trouve le guidon trop loin. La selle trop basse : la chaîne fait du bruit, et le gros orteil du pied bute au fond du cale-pied. Godefroy se trouve minable. A quoi bon avoir fait du vélo depuis plus de vingt ans, et à haute dose pour arriver là ! La souplesse, l'aisance dans l'effort ? Des mots, tout cela, des mots. Le Menté ? Une sale petite route raide, mal tracée, sans replats. Un camion forestier double Godefroy ; il pue, ce camion ; il pue l'huile chaude et le gasoil. Il faut tousser et cracher, après cela, comme un soudard.
(...)
Pourtant Godefroy ne meurt pas. Il parvient au bout d'une heure sous les sapins et les hêtres des derniers kilomètres. Là-haut, il fait un peu frais, des plaques de neige expirantes tapissent le fond des fossés. On entend les merles qui croient, eux aussi, au printemps. Godefroy se sent mieux. Le guidon est à sa portée, et la selle à bonne hauteur. Le gros orteil ne dit plus rien, et la chaîne se tait. Godefroy regarde sa montre et constate qu'il n'a pas mis plus de temps qu'à l'ordinaire. Du reste, voici le sommet. (...)
Le voici au sommet, il appuie son vélo contre un gros sapin, enfile posément son survêtement. Il n'y a personne. Les remontées mécaniques sont inertes, dressant leurs noirs pylônes inutiles vers le ciel capricieux.
Alors, Godefroy tire une grosse orange de la sacoche et, assis sur l'herbe sèche, il déguste gravement son goûter en écoutant chanter le vent du sud."



 

Michel Haupais

En tournant les manivelles
Ed. FFCT, 1987
Disponible en version CD-ROM éditée par la FFCT (Rubrique Boutique - Multimedia)

En 1954, la FFCT délivre le "prix littéraire de cyclotourisme" à Michel Haupais pour son manuscrit : Silence... on tourne les manivelles, devenu : En tournant les manivelles, quelques pages de la légende des cycles. On doit à Henri Bosc, responsable de la commission culturelle de la FFCT dans les années 1980, l'impression de ces chroniques.
Avec Michel Haupais, on se retrouve dans la même veine que ses brillants successeurs Jacques Faizant et Pierre Roques. Comme eux, ce sont des récits et des réflexions d'un randonneur. Même si les récits datent des années 1950, à l'époque où nombre de personnes quittent le cyclotourisme pour la voiture. "Le cycliste monte et va A vélo, comme son ancêtre allait A cheval, comme ils iront tous deux AU paradis tandis que les autres montent et vont EN voiture, comme nombre d'entre eux iront EN enfer, pour mauvaise conduite...". La vérité des situations et des réflexions sont toujours d'actualité.

Ce livre maintenant épuisé est disponible sous forme de CD grâce au travail de Dominique Pacoud et à la commission Ethique Culture et Patrimoine de la FFCT. Pour obtenir ce CD, consultez la rubrique Boutique - Multimedia sur le site de la FFCT.


"Enfin, à titre transitoire et exceptionnel, il était permis à Crèche-le-cycliste de s'engager dans l'épreuve Paris-Brest-Paris et de procéder à un entraînement méthodique, mais juste suffisant (...)
- Paris-Brest-Paris ? Qu'est-ce ? Un gâteau ?
- Vous voulez dire du gâteau !
- C'est une lubie, rectifia Monique, une course, si tu préfères.
- Ah, comme Paris-Camembert ! Ton père nous y avait emmenées un jour que nous étions en Normandie. Alors c'est une course comme ça ?
- En aucune façon, s'insurgea Crèche qui sentait la partie difficile à jouer devant cette double incompréhension teintée d'hostilité.
- C'est bien ce que je disais, c'est une course, fit madame Mère en se rengorgeant (je sais ce que je dis tout de même !). Eh bien, à dire vrai, je ne vous savais pas coureur !"

 


 

Lionel Brans
Seul à Bicyclette de Paris à Saïgon
Ed. Amiot-Dumont, 1950

Linel Brans fut un grand randonneur (il pilota des machines de concours avant guerre ), il fut aussi un artisan-constructeur à Paris. Juste après la Seconde Guerre Mondiale, il décide de se lancer dans un raid à bicyclette entre Paris et Saïgon (Vietnam alors Indochine Française). Ce voyage est voulu comme une découverte, mais aussi un raid sportif, un moyen de promotion de la bicyclette française (la bicyclette de randonnée légère). Nous ne sommes pas très éloignés de l'esprit des concours de machines du Groupe Montagnard Parisien et de la vision de Velocio.

Ce récit, qui est un carnet de voyage, montre bien cette volonté de prouver les possibilités de la bicyclette et de faire honneur à la France (il faut garder à l'esprit que nous sommes juste après guerre et que Lionel Brans s'est engagé dans la résistance). En fait, son raid s'arrêtera à Calcutta compte tenu des conditions de guerre civile en Birmanie.


"14 novembre 1948. 1 heure du matin.
Je viens de rentrer de l'atelier où j'ai pour la dernière fois fignolé ma machine. Harassé tant physiquement que moralement, je suis là, la tête dans les mains, assis à mon bureau. Je pense qu'un cyclotouriste habitué aux longues distances peut, avec beaucoup de ténacité, arriver à mener à bien cette entreprise pour le bon renom de notre pays et aussi du cyclotourisme. Bataille livrée loyalement avec la route, elle doit apporter les meilleures preuves des possibilités de la bicyclette ainsi que de la tenue de la machine moderne française. J'essaie de réaliser que dans quelques heures je dois commencer la grande aventure qui, depuis dix ans, mûrit dans mon esprit. (...)
Je ne me fais aucune illusion sur les dangers que je dois encourir.
Je cherche même la difficulté en partant l'hiver pour traverser les Balkans ; si je réussis, cela prouvera que l'on peut passer partout en toute saison à bicyclette.(...)"

 


 

Lily Sergueiew
Routes Risque rencontres - Paris-Alep en bicyclette 6000 km
Ed. J. Susse, 1943

Lily Sergueiew est connue pour un autre livre "Seule face à l'Abwehr" où elle raconte son activité d'agent double au profit des Anglais durant la Seconde Guerre Mondiale. Mais avant guerre elle réalisa deux voyages à bicyclette à travers les Balkans, la Grèce, la Turquie (où elle dut ruser avec les autorités qui lui refusaient le droit traverser le pays) puis la Syrie.

Son récit, illustré par elle-même, est remarquablement bien écrit. Il est vivant car il s'intéresse aux rencontres et non pas uniquement à la route.


"Une voix me hèle. Je ne me retourne pas. elle se fait impérative et force m'est de stopper. déjà un gendarme accourt. Il me fait signe de me rendre à la Gendarmerie. Au premier étage, sur le balcon, le chef du poste enfile à la hâte son pantalon. On me fait monter.(...)
Mais sur le bureau, j'aperçois un papier écrit au crayon. je ne reconnaît qu'un mot : bicicletler... et je suis renseignée ! pincée ! Et à 200 km d'Ankara ! Quelle malchance !
Mais déjà la volonté de passer, - de passer à tout prix - s'est ancrée dans ma tête.
(...) - Il faut rentrer à Ankara, dit le gendarme. Et je dis : "Péki" [Bien]
(...) Alors, je leur dis adieu et enfourche mon vélo, tandis qu'ils me regardent partir.
... A présent, ils ne peuvent plus me voir. Un chemin mène à travers champs, vers le lac. Des arbres me cacheront pendant quelque temps. Mais des paysans me voient passer avec étonnement à travers les épis verts. Je calcule que, s'ils rentrent déjeuner au village et racontent qu'ils m'ont vue, j'ai trois heures devant moi avant que la gendarmerie soit au courant. Cela doit me suffire à contourner le village et regagner la route de l'autre côté. (...) "

 


 

Paul Fabre
Mes vélos
Edité par l'auteur, 1987

Saint Eddius, priez pour nous...
Edité par l'auteur, 1988

Du haut des cieux...
Edité par l'auteur, 1990

A se procurer directement chez l'auteur : Paul Fabre - BP 33122 - F-30103 Alès.

Cette trilogie de Paulus EDDIUS Velox est un des monuments récents de la littérature cyclotouriste. Paul Fabre, spécialiste de sémantique et de stylistique dans la vie, a cette façon bien à lui de nous tenir en haleine au fil des pages de ses livres. Son écriture est "folle", c'est du parlé... mais en fait une superbe écriture avec une foule de jeux de mots, de figures de style, de références. Et le rythme est aussi bigrement enlevé, il faut suivre Eddius ! C'est jamais très loin de Céline, mais sans les pointillés.
Eddius - Paul Fabre nous conte son amour du vélo, des grandes distances (c'est un boulimique des kilomètres) et son tour de France randonneur (le vrai de 4800km!). Le fameux tour de France, avec le glorieux épisode du Portet d'Aspet. En effet la geste d'Eddius se forge dans ce col, où il règle par un fameux sprint ses deux camarades randonneurs. Et le récit est à chaque instant homérique...


"Et c'est pourquoi, dirait Sganarelle, j'aime les cyclistes quels qu'ils soient. Quels que soient leurs vélos. Quelles que soient leurs forces. Quelles que soient leurs ambitions. Ceux qui faustographient leur bicyclette à sacoches devant un panaroma de montagne et ceux qui faustocoppient les campionissimi en torturant leur draisienne en dural. Ceux qui cassent la baraque et ceux qui la fixent sur leur pellicule. Ceux qui attaquent le tour de leur patelin aux amphétamines et ceux qui défient le Galibier au pâté de campagne. Ceux qui salent la soupe et ceux qui beurrent leur sandwich. Ceux qui caressent le bitume au titane surallégé et ceux qui labourent l'asphalte. Ceux qui cartonnent et ceux qui cahotent. Ceux qui tricotent et ceux qui aiguillonnent. Ceux qui bouffent de la laine et ceux dont l'haleine est bouffie. Ceux qui mettent une dent de mieux et ceux qui ont un dentier de deux fois vingt-huit. Ceux qui baissent la tête et ceux qui baissent l'allure. Ceux qui sprintent devant les photographes et ceux qui font du vélo sur leur 24x36. Ceux qui bouclent le prologue à cinquante de moyenne et ceux qui commencent leur randonnée par un casse-graine au confit d'oie. Ceux qui roulent pour la Molteni et ceux qui rayonnent de la gloire du club de Bécasson-lès-Nouzilles. Ceux qui maigrissent pour faire du vélo et ceux qui font du vélo pour m'aigrir. Ceux qui font rougir le treize dents et ceux qui font gazouiller la roue libre. Ceux qui descendent à tombeau ouvert et ceux qui descendent de vélo avant de tomber. (...)"

 


 

 

 

 

 

 

 

Michel JONQUET
Les contes de la Bécane
Ed. Lacour, 2005

Michel Jonquet nous enchante depuis quelque temps dans les pages de Cyclotourisme, la revue de la FFCT et nous sommes heureux de retrouver ses "contes" enfin réunis dans un ouvrage à lire et relire.

Ces contes sont tous de merveilleuses trouvailles, parfois bâties sur des jeux de mots comme "La vérité sur l'affaire Laugre !", parfois sur une idée un peu folle comme "Le brouillon de onze heures", d'autres sont par contre terriblement émouvants comme "La promesse" ou "Le petit frère". Lors de sa parution dans Cyclotourisme, "Des avantages du vélo en ville" leva une polémique de la part de quelques censeurs, mais la chute en est tout fait morale !

Le vrai talent de Michel Jonquet réside d'ailleurs dans l'art de la chute ! Alors ne boudez pas votre plaisir, lisez et relisez ces belles petites nouvelles.


"Je râle ! Et Thierry m'écoute râler. II n'est pas rare que je fulmine quand je roule. Aujourd'hui, nous allons rejoindre Jack à Milhaud et, à peine sortis de la maison, le festival a commencé : queues de poisson, feux verts passés au rouge, priorités coupées, tout l'arsenal déplaisant des infractions au Code de la Route y passe. Et je n'ai même pas le sentiment que les automobilistes soient plus mauvais conducteurs que les autres jours. Non ! C'est pire, c'est l'habitude.
J'en profite pour vider mon sac et expliquer à Thierry toutes les formes de danger qui nous guettent, nous autres cyclistes, pauvres êtres 8 combien fragiles, face à la meute des quatre roues pétaradantes. Malgré la circulation, nous arrivons assez rapidement à Milhaud et je m'arrête en face du Centre où travaille mon ami. C'est à ce moment-là que le cycliste est tombé !
Quand j'ai ouvert la portière de ma voiture sans regarder !"

 


 

 

 

 

 

 

 

Jerome K. Jerome
Trois hommes sur un vélo

(
Titre original : Three men on the bummel, 1900)
Ed. Arléa, 1990

Plus exactement, ils s'agit de trois Anglais sur un tandem et un vélo. Et le récit les fait quitter la Tamise pour la Forêt Noire et l'Alsace, à l'époque allemande. Jerome K. Jerome, le fameux auteur de Trois hommes sur un bateau, récidivait là avec un livre plein d'humour.
Tout le monde se souvient de ses études d'anglais et du fameux best-seller. Il en reste l'étiquette de maître de l'humour anglais qui colle à l'auteur, même si peu de gens l'ont lu. La suite est vraiment un roman plein d'humour sur la bicyclette, le voyage, les touristes... et les chiens allemands.


"Il y a deux manières de jouir d'un vélo. En "bricoleur" ou en randonneur et, en vérité, je me demande si ce n'est pas celui qui bricole qui a le plus de satisfactions. En effet, le bricoleur est indépendant du temps, du vent et l'état de la route lui est indifférent. Donnez-lui un tournevis, un vieux chiffon et une burette d'huile, de quoi s'asseoir et le voilà heureux pour toute une journée. Il a bien quelques petits désagréments : le bonheur parfait n'est pas de ce monde. C'est vrai qu'il ressemble souvent à un chaudronnier et que lorsqu'on voit son vélo on a l'impression qu'il a essayé de le maquiller. En fait ce n'est pas grave car il dépasse rarement la première borne kilométrique. L'erreur serait de croire qu'on puisse tirer du même vélo ces deux sortes de plaisir. C'est impossible. Aucun engin ne peut supporter ça. Il faut choisir ; ou bricoleur ou randonneur. Personnellement, je préfère rouler et c'est pourquoi j'évite soigneusement tout ce qui pourrait me donner l'idée de "bricoler" mon vélo."