Cyclotourisme, ni compétition, ni tourisme pur, mais sport universel - Charles ANTONIN, premier président de la FFCT.
Cyclotourisme : Tandem noir raconte ses voyages et randonnées à vélo, en tandem, le plus souvent en cyclo-camping.

 

 

La lettre C (page 3)

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Publicité pour le magasin "Au campeur" parue dans Le Cycliste en Août 1936.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Regarde bien, il doit y avoir une autre façon de la monter !" Dessin de Maurice CONDOMINES, alias MO, paru dans Le Cycliste de Mai 1949.

 

 

Cyclo-camping

Le cyclo-camping serait pour beaucoup de cyclistes, une épreuve au-delà de l'imaginable. S'alourdir, être contraint de ramper sur les routes dès que celles-ci s'élèvent, c'est rouler à l'opposé de la mode du carbone léger. D'autant plus que le spectacle donné par certains néophytes sur leur vélo trop lourdement chargé peut leur donner raison.

Et pourtant ! Faire du cyclo-camping est le choix d'un mode de voyage : le plaisir de vivre à l'air libre sans contrainte... donc de voyager léger ! "Le cyclo-camping engendre plus la fantaisie que le record." (André Rabault)

Réflexions sur le cyclo-camping

M. Caillet dans article paru en 1951 dans "Le Cycliste" passait en revue certains éléments essentiels pour pratiquer avec agrément le cyclo-camping :

"... camper demande un apprentissage assez long et délicat. Certes, le premier venu peut monter, tant bien que mal, une tente et y dormir, de même que le plus maladroit peut arriver à monter sur un vélo et en équilibre faire tourner les pédales, mais saura-t-il monter à bicyclette? Non, bien sûr, et nous en avons l'exemple à chaque instant sous les yeux. Pour camper et en tirer tout le bénéfice il faut avoir un matériel étudié, d'abord, de l'esprit, de la méthode et du soin, ensuite.
(...), revenons à la conception du camping. En l'adoptant, il faut faire abstraction de certaines habitudes, de certaines facilités de la vie normale. On quitte le lit douillet pour coucher sur le sol : l'eau chaude est remplacée par l'eau froide, quand elle n'est pas glacée ! la position assise n'est plus la même ; aucune serrure à fermer pour la nuit. Le silence de la nuit remplace les bruits de la ville.
La popote est différente ; en général beaucoup plus simple, selon les goûts et plus fraîche si on la base sur le lait, les oeufs, les fruits, le vin (s'il est de la région) les fromages, les fruits, les légumes, les salades, les pâtes, le riz, peu de viande, les poissons. Aucun ragoût ni conserves.
Secouer la tente le matin avant de la plier, ranger soigneusement et avec méthode le matériel, changera, certes, du ménage habituel, mais ce ne sera pas, pour autant un travail d'emballeur.
Camper dans l'espoir de gagner du temps est une erreur, assez commune d'ailleurs. En camping, il ne doit pas y avoir d'horaire, pas plus que d'étapes arrêtées à l'avance. Seul, l'itinéraire prévu forme sur la carte une ligne que l'on s'évertue à parcourir.
Voyager de cette manière, c'est une tout autre existence que l'on apprécie par la pratique. Jamais le séjour à l'hôtel ne permettra d'apprécier les paysages au clair de lune ou la rosée du matin, comme c'est le cas pour le campeur. La vie au grand air fait revivre en nous des instincts primitifs qui nous changent de la vie superficielle d'homme, dit civilisé !
(...) vous ne nous considérez, nous autres cyclo-campeurs, ni comme de vrais cyclistes, ni comme de réels campeurs parce que nous avons 5 ou 6 kg de matériel de plus que la normale notre bicyclette serait une brouette et nous pédalerions sans plaisir... Il s'en faut !
Certes il faut une machine spécialement établie pour le camping : cadre rigide, (...)
Deux sacoches à l'avant, deux sacoches à l'arrière étudiées spécialement, permettent de loger aisément le matériel et les bagages. Savoir ranger ainsi tout ce que l'on considère généralement comme les impedimenta du camping est un art qui ne s'acquiert que par une pratique parfois assez longue ; mais tout le secret est là.
Mon opinion personnelle est que le vrai campeur, c'est le campeur itinérant ; les autres sont des villageois vivant dans des maisons de toile... comme le vrai cyclo... c'est celui qui pédale sans moteur !"

Nous rejoignons tout à fait l'auteur sur son dernier paragraphe. Le vrai cyclotourisme c'est le voyage itinérant... et le vrai cyclo-campeur est le campeur itinérant. Comme le soulignaient les promoteurs d'un brevet de cyclo-campeur à la FFSC (l'ancêtre de la FFCT), "La pratique du cyclotourisme en campant ne doit pas être transformée en pratique du camping à bicyclette".

Un seul point à rajouter à ce texte, le terrible paradoxe avancé par André Rabault dans les colonnes du "Cycliste" de mai 1949 :

"En camping, il est un principe qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que le meilleur, celui qui donne le plus de joie c'est celui qui se pratique avec le minimum de matériel. Cela peut certes paraître paradoxal à première vue, car les campeurs néophytes se croient trop souvent obligés de s'embarrasser dans leurs déplacements, d'un tas d'ustensiles absolument superflus. Ils ont tendance à vouloir acquérir tout ce qui peut leur être offert sur le marché. Le camping ne gagne d'ailleurs rien à être improvisé ; comme en toute activité, un certain apprentissage est nécessaire.
La sagesse commande de savoir, au camp, se priver de certaines commodités, et se montrer quelque peu spartiate, car, ne l'oublions pas, tout ce que nous envisageons d'emporter, il nous faudra le transporter sur la machine pendant toute la randonnée. II y a donc là un petit examen de conscience : ou le grand confort est envisagé pour camper et alors c'est l'inconfort certain sur la route ou vice versa. II y a donc là un juste milieu à observer."

Ou pour reprendre le propos de J. Colace dans "Cyclo-Magazine" : "Pour chaque objet choisi, il faut se dire : est-ce indispensable ? Pourrais-je m'arranger sans lui ?"

L'équipement

La machine

Le mieux est d'avoir une machine adaptée avec des porte-bagages sur-baissés. Ces porte-bagages sur-baissés sont souvent construits à façon par l'artisan, cependant il existe des porte-bagages (prêts à porter !). Les préférer en acier plutôt qu'en aluminium moins résistant vis à vis de la fatigue.

La machine devra être bien rigide, tout particulièrement s'il s'agit d'un tandem, pour éviter le shimmy. En effet avec un chargement arrière un peu conséquent, la machine peut avoir à tendance à se tordre. Si le haubannage n'est pas nécessaire sur les vélos, une triangulation est incontournable sur les tandems pour assurer la rigidité latérale.

Il n'est pas obligatoire, sur un vélo même chargé, de recourir à l'utilisation d'un frein à disque ou à tambour. Sur un tandem, il est cependant plus prudent de prévoir un frein à disque supplémentaire si l'on veut randonner en montagne.

La tente

C'est le seul élément, où il n'est pas nécessaire de rechercher à tout prix le poids plume. Le coût subit une vraie inflation avec la recherche des grammes, et le confort y perd assurément. Le camping doit pouvoir se pratiquer aussi les jours où le temps n'est pas radieux.
Dans ce cas, avoir la possiblité de se retourner, de déjeuner dans l'avancée, à l'abri, est fort appréciable. Avec l'expérience, on comprend qu'un minimum de confort est nécessaire pour randonner une bonne quinzaine de jours.

Que la tente soit du type igloo, tunnel ou pyramidal... l'important est qu'elle tienne bien au vent. Il est fort désagréable d'entendre une partie de la nuit le double toit frapper la chambre intérieure.

Le montage de la chambre doit pouvoir s'effectuer une fois que le double toit a été monté. Cela permet le montage et le démontage à l'abri, les jours de pluie.

Bien vérifier l'étanchéité des coutures du tapis de sol. Le mieux est d'avoir un tapis d'une seule pièce. Une pluie d'orage sur un sol un peu spongieux peut s'avérer catastrophique si ce tapis n'est pas étanche.

Il ne faut surtout pas oublier la nécessité de rester sec, sinon le voyage ne restera plus une partie de plaisir.

Pour votre tandem ou votre vélo, prévoyez aussi une toile légère permettant de le couvrir et de le protéger de l'humidité.

Illustration extraites du catalogue Manufrance de 1937

Le couchage

Pour dormir, des sacs de couchage de type sarco-norvégien apportent le maximum de chaleur. Ne pas oublier que certaines nuits peuvent être fraîches en moyenne montagne. Ne perdez pas de vue, non plus, que les températures minimales indiquées par les fabricants sont très optimistes.

Pour le confort, utilisez des matelas auto-gonflants. Chers et malheureusement d'une durée de vie limitée (une demi-douzaine d'années), ils apportent cependant le meilleur rapport confort/poids ou encombrement. Vis à vis de l'encombrement, il est tout à fait possible de se limiter au modèle court.

La cuisine

Pour les ustensiles de cuisine, emportez juste le nécessaire : 1 quart, des couverts, 2 casseroles. Pas besoin d'assiettes, vous mangerez dans la casserole ! N'oubliez jamais qu'il faut voyager le plus léger possible.

Nous utilisons avec satisfaction, depuis de nombreuses années, un réchaud à alcool de la marque Trangia. Ce modèle est très léger et il est possible de trouver de l'alcool à brûler quasiment partout.

Pour les provisions, chargez-vous au minimum. Faites les courses tous les soirs pour le dîner et le petit-déjeuner. Attention dans certains pays d'Europe, il faut être prévoyant car les magasins sont parfois fermés dès le samedi midi et ce, jusqu'au lundi matin.

Article proposé dans le catalogue Manufrance de 1937

Les vêtements

Lors des premières expériences, la tendance est en général d'emporter de nombreux vêtements pour toutes les occasions. Préférez le poids minimum ! Il vous faudra faire un peu lessive, mais vous gagnerez en poids et en encombrement.

Pour notre part, nous roulons en civil (sic !). A part deux cuissards, nous n'utilisons que des tee-shirts, deux polos et une veste en fourrure polaire.

Pensez aussi à une technique déjà utilisée par le Docteur Ruffier, l'envoi d'un colis de linge propre en poste restante.

La mini-lampe frontale à diodes est un petit accessoire bien pratique. Très léger, ce type de lampe permet de lire (un livre ou la carte routière) allongé dans son duvet, mais aussi de vaquer à ses occupations au soir d'une étape un peu longue.


Références

- M. Caillet, Cyclo-camping : Réflexions sur un essai de cyclo-camping, "Le Cycliste", n°1, 1951, p. 9.
- André Rabault, Cyclo-camping : Généralités, "Le Cycliste", n°5, 1949, p. 87.
- J. Colace, Cyclo-campisme, "Cyclo-Magazine", n°55, 15 août 1938, p. 298.
- J. Cuzin, Au sujet du brevet de cyclo-campeur - Tourisme à bicyclette et camping, "Cyclotourisme", n°99, février 1936, p.24.
- Article paru dans Cyclotourisme - juillet 2009

Mise à jour : 31.07.2009