Cyclotourisme, ni compétition, ni tourisme pur, mais sport universel - Charles ANTONIN, premier président de la FFCT.
Cyclotourisme : Tandem noir raconte ses voyages et randonnées à vélo, en tandem, le plus souvent en cyclo-camping.

 

 

La lettre D (page 1)

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Dessin de D. REBOUR d'un dérailleur CYCLO sur une machine HERSE en 1950. Paru dans le Cycliste.

 

 

 

 

Publicité pour les dérailleurs CYCLO parue en 1949 dans Le Cycliste.

 

 

 

 

 

 

 

Première apparition du dérailleur GranSport de CAMPAGNOLO au  salon de Milan en 1949. Dessin de D. REBOUR paru dans Le Cycliste en février 1950

 

 

 

 

 

 

Publicité pour le dérailleur avant LE CHAT parue dans Le Cycliste en mai 1949.

 

Dérailleur

Avant ...

Les changements de vitesse sont apparus très tôt sur les bicyclettes, en tout cas bien avant le Gran Sport de Campagnolo et les premiers modèles de Shimano.
Au tout départ, en 1890, on changeait les vitesses en retournant la roue (ce mode primitif resta longtemps en usage chez les coureurs cyclistes), puis apparurent les systèmes à deux plateaux et deux pignons présentant le même nombre total de dents de façon à avoir une tension de chaîne toujours identique. En effet, quand il n'y a pas de roue libre, la tension de chaîne doit être respectée (les tandémistes connaissent bien ce problème avec leur chaîne de liaison).
Puis la roue libre apparut vers 1900 et ce fut alors une floraison de systèmes de changements de vitesse, dont les Rétro-directs. Pour en savoir plus, nous conseillons la lecture de l’ouvrage de Raymond Henry : « Du vélocipède au dérailleur moderne ».

Dérailleur arrière

C’est en 1895 que l'on trouve trace du premier dérailleur arrière, celui de Jean Loubeyre. En 1908, cinq modèles différents de dérailleurs arrière étaient vendus sur le marché.
Les dérailleurs Le Chemineau et Le Cyclo furent les premiers à être commercialisés en grande série. Le dérailleur Le Chemineau (marque fondée par Joanny Pannel) fut construit dès 1911 sans doute à partir des mécanismes équipant la bicyclette "La Gauloise" de Velocio. Le fameux dérailleur Le Cyclo fut construit par Albert Raimond en 1924. Mais à la naissance du Chemineau et du Cyclo, nous trouvons le même inventeur : Claudius Bouillier. Il est à noter que celui-ci, ainsi que Pannel et Raimond étaient tous les trois des grands randonneurs sportifs issus du cercle des amis de Velocio et de la société RPF : Rivolier Père & Fils.
Le dérailleur est une invention des cyclotouristes et son développement dans le monde de la course n’arriva que beaucoup plus tard. Ce n’est qu’en 1937 que les organisateurs du Tour de France acceptèrent son utilisation. Un seul modèle fut homologué (pour sauvegarder l’égalité des chances) : le Super-Champion de l’ancien coureur cycliste Oscar Egg.
En 1935, Lucien Juy, fabricant de dérailleurs à Dijon depuis 1928, mit au point le premier système à parallélogramme articulé : le Super-Simplex. Puis ce fut le Nivex, en 1938, qui équipa de nombreuses machines Singer. Il présentait l’intérêt de pouvoir travailler avec un repos de chaîne qui permettait de démonter la roue arrière sans à avoir à se salir les doigts.
En 1949, Tullio Campagnolo sortit le Gran Sport. Dès le début, Campagnolo se tourna vers le haut de gamme et sut sponsoriser des coureurs célèbres. En 1963, 110 des 130 coureurs du Tour de France utilisaient un "Campa", dont Jacques Anquetil, le vainqueur.
En 1956, au Japon, Shozabaro Shimano sortit son premier dérailleur : une copie du dérailleur Simplex de 1950. Nous connaissons la suite de l’histoire… malheureuse pour l’industrie française.

Dérailleur avant

Pour le dérailleur avant, les premiers cyclistes utilisaient leurs doigts, puis ils eurent recours à une simple tringle.
En 1908, Velocio utilisait "une sorte de guide chaîne oscillant qui amenait le brin supérieur de chaîne en face de l'une quelconque des trois roues dentées...".
Des dérailleurs avant ont été mis au point par la plupart des marques citées plus haut. Mais il faut noter ici tous les modèles créés spécialement par les constructeurs : Herse, Singer, Routens (un des plus beaux)... montèrent leurs propres réalisations.

Comment ça marche ?

Le fonctionnement d'un dérailleur est relativement simple. Mais cela nécessite de recourir à une roue libre et à des chaînes présentant une certaine souplesse latérale. Le principe du dérailleur est d'être un guide chaîne qui amène la chaîne en face du pignon ou de la couronne. La chaîne grimpe (ou descend) tout simplement sur la nouvelle denture. Et, ô miracle, la chaîne descend dans le fond des dents pour engraîner le nouveau pignon.

Un dérailleur utilise donc les éléments suivants:
- une fourchette pour le dérailleur avant,
- une chape (ou un train de galet) qui supporte les galets pour le dérailleur arrière,
- deux galets ou deux pignons ou deux "poulies" pour permettre l'enroulement et la tension de la chaîne arrière,
- un parallélogramme déformable (le plus souvent) pour permettre le déplacement latéral de la fourchette ou des galets.

Application au tandem

Pendant de nombreuses années, le dérailleur de référence fut Le Cyclo que ce soit pour les bicyclettes ou pour nos machines doubles. Ensuite, le dérailleur Huret Duopar eut son heure de gloire. Maintenant, nous retrouvons les incontournables Shimano ou Campagnolo. C'est d'ailleurs souvent le modèle Campagnolo Chorus qui équipe maintenant les tandems de qualité.

Pour le tandem, il ne faut pas oublier l’étendue de la gamme de braquets utilisés. Le dérailleur arrière doit être capable d’absorber aussi bien un 53x11 et qu'un 26x28 et surtout aussi les intermédiaires. Ainsi un écart de plus de 30 dents est chose commune sur un tandem.
Des constructeurs proposent des dérailleurs avec des chapes plus ou moins grandes pour accepter des écarts croissants allant de 29 à 39 dents. De même, le dérailleur avant est fonction du nombre de plateaux pour le débattement, mais aussi pour la capacité.


Références

- R. Henry, "Du vélocipède au dérailleur moderne", Ed. Association des Amis du Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne, 2003.
- B. Chaussinand, "Claudius Bouillier - Pionner du dérailleur et disciple de Vélocio ", Ed. à compte d'auteur, 2002.
- B. Chaussinand, "Joanny Panel - Le Chemineau", Ed. à compte d'auteur, 2004.
- H. Ichikawa et J. Heine, Developing the Campagnolo Gran Sport - the first modern racing derailleur, "VBQ", vol.2 n.2, 2003, p.1 à 6.
- Catalogue Campagnolo, 2003.
 


4 plateaux sur une machine SINGER en 1973. Dessin de D. REBOUR

















 

 

 

 

Développement

Le développement est la distance parcourue à chaque tour de pédalier. Cette distance s'obtient en multipliant la circonférence de la roue par le braquet.

Le docteur James Ruffier fut un pratiquant assidu et un prosélyte du tandem. Avec son épouse, il réalisa aux environs de 1905 de nombreux voyages à travers la France et les Alpes. Dans ses mémoires "Cinquante ans de Cyclisme" parues par épisode dans "Le Cycliste", il a abordé d'une manière sage les développements.
"Un autre principe, dont j'ai reconnu la fausseté, c'est que l'on peut et doit utiliser à tandem de plus grands développements qu'à bicyclette. Il faut, au contraire, (...) s'habituer à tourner vite sur un petit braquet, de 5,25 m à 5,50 m au plus. La masse du tandem, qui ne laisse pas facilement tomber la vitesse acquise, permet d'entretenir en toute souplesse une rotation assez rapide des jambes. La satisfaction qu'on peut éprouver à atteindre du 45 en poussant sur 7,50 m se fait chèrement payer par des défaillances brutales ; tandis qu'avec le 5,25 m, on soutient longtemps sans même y penser, le 30 à l'heure, et l'on gravit au train toutes les côtes de pente moyenne." On notera que si on veut rouler à 45 km/h avec un développement de 7,50 il faut tourner à 100 trs/min : ce n'est pas vraiment "pousser".

Cependant, en terme de développements, le tandem a besoin d'une gamme très étendue. Sur les routes plates ou par vent arrière, sans vouloir pousser de très grands braquets, il est possible d'enrouler facilement des développements de 7,5 à 8,5 mètres sans dommage. De tels développement permettent de rouler à plus de 45 km/h. Par contre dans les raidillons à 15 %, le tour de roue (c'est à dire 2,10 m) est le bienvenu pour grimper péniblement à 6 ou 7 km/h. Si vous avez une pratique du tandem en cyclo-camping avec plusieurs kilos de chargement, vous pouvez même descendre en dessous : certains utilisent ainsi un développement de 1,85 mètres avec bonheur. Les tandémistes doivent donc tenir compte de ces exigences pour se créer une gamme de développements "passe partout".

Il n'y a pas non plus de gamme de développements parfaite. Chacun la compose en fonction de la force, de l'âge, du poids de l'équipage, de sa capacité à tourner les jambes plus ou moins vite et de ses goûts.

Sachez que sur Paris-Brest-Paris, le fameux tandem de Jo Routens - trois fois victorieux dans les années 1950 - disposait d'un 56x14 (8,20 m) comme plus grand développement. Et pour le record de 1951, avec R. Fourmy ils n'utilisèrent que très rarement le 56x16 (7,20 m) et leur braquet de base fut le 56x18 soit 6,40 m.

Dans la plaquette annuelle des "Cyclotouristes Grenoblois" de 1950, Jo Routens conseillait d'ailleurs aux jeunes les petits développements :

"Nous entendons couramment, au cours des sorties, les jeunes se plaindre de peiner, alors que bien souvent les « chevronnés » se... promènent dans l'escalade des cols qui foisonnent dans nos belles, mais dures régions montagneuses.
A quoi cela tient-t-il ? A un manque de préparation physique ? Au manque de dosage de l'effort ? A mon avis, ce piètre rendement est souvent dû à une mauvaise utilisation du matériel, à l'emploi de multiplications exagérées.
Beaucoup de ces jeunes viennent à la bicyclette en entendant vanter les performances de coureurs cotés à qui l'on prête l'exploit d'avoir gravi tel ou tel col dans un temps remarquable avec un braquet impressionnant.
En effet, s'il est permis à quelques cyclistes exceptionnels de "s'envoler" dans les cols avec de grands développements, un cycliste moyen, un bon randonneur même, auront avantage à équiper leur machine de "braquets" suffisamment petits pour gravir ces mêmes cols, non pas aussi rapidement, mais avec moins de peine et une plus grande aisance. Et croyez-moi, les "chronos" qu'ils sont susceptibles de réaliser peuvent soutenir la comparaison avec ceux de bons coureurs moyens.
Eh ! oui ! N'avons-nous pas vu, lors d'un Tour de France passant... en Suisse par le coriace col de la Forclaz, quelques coureurs de premier plan être obligés de monter à pied, alors que peu de temps auparavant une de nos compagnes - une parmi tant d'autres ! - avait négocié ce col sans lui faire les honneurs du pied. Il est vrai qu'elle employait un 26x24, soit 2m20, là où le courreur aurait crû déchoir en mettant un développement inférieur à 4m20 ou même 4m."

En 2005, nous avons réalisé une enquête auprès du public tandémiste, nous vous livrons les résultats qui ont été publiés dans "Duocipède".

 


 


Insigne des Diagonales dans le Cycliste jusqu'en 1964



Diagonale

Georges Grillot en tandem avec Roger Coiffier réalise, en avril 1930, la première Diagonale de France Brest-Menton. Peu après, Georges Grillot fera paraître un récit de cette première dans  "Cyclo-Sport" l'hebdomadaire du cyclisme à l'époque. Ce texte sera repris dans "Le Cycliste" dans les 3 numéros de mars-avril, mai-juin et juillet-août 1960. Dans sa conclusion, il revient sur le matériel utilisé lors de cette première Diagonale et sur la randonnée à tandem de façon plus générale.

Le matériel

"Cette randonnée, effectuée avec une machine de pur tourisme, dépassant les trente kilos en ordre de marche et avec les bagages, prouve, une fois de plus, la supériorité du pneu ballon, du changement de vitesse en marche, comme du tandem extra-rigide, absolument dépourvu de tout amortisseur mécanique.
Nos enveloppes "Façon-main", de 50 mm, se sont admirablement comportées, puisque nous avons fait tout le parcours avec la même paire, avec deux crevaisons seulement.
Les multiplications de notre machine, étudiées aussi bien pour la plaine que pour la montagne, étaient au nombre de neuf. Au pédalier : 52, 44 et 24 dents ; au moyeu arrière 24, 17 et 14 dents. Dérailleur avant "maison" et dérailleur arrière "Cyclo", 3 vitesses, en duralumin. Nous ne nous sommes servis que des deux grandes dentures du pédalier, et assez peu du 52X14, parce que la conformation du terrain et les conditions atmosphériques ne s'y prêtaient pas. Si la randonnée s'était arrêtée à Avignon, nous aurions pu mener la descente de la vallée du Rhône, tambour battant, avec le "8 mètres"; mais il fallait se ménager, en raison des trois cents derniers kilomètres qui ne sont pas précisément plats. Le freinage était assuré par deux freins sur jante (peu utilisés) et d'un frein, à tambour à commande "rétro", vraiment énergique et sûr.

Les avantages du tandem dans les grandes randonnées

Arrivons  maintenant  à  la question si souvent posée : le tandem, dans le cas d'une grande randonnée, est-il vraiment préférable au vélo? Personnellement, je suis persuadé de sa supériorité, pour des raids, même très longs, en terrain moyennement accidenté. En palier, le tandem permet de soutenir des moyennes kilométriques beaucoup plus fortes, et dans des conditions  certainement  plus agréables. Une bonne équipe de tandem, sur Paris-Avignon, doit battre un très bon cycliste. Pour "Brest-Menton", toutefois, je ne serai pas aussi affirmatif, car en raison du profil des routes empruntées, notre tandem ne nous a pas permis de soutenir des moyennes supérieures à celles de la bicyclette.
Si  nous  étions  partis,  Roger Coiffier et moi, chacun sur un vélo, serions-nous arrivés aussi bien ? Je serais presque tenté de le croire, à condition toutefois que nous nous soyons attendus mutuellement dans les mauvais moments. Si chacun roule à son allure, sans se soucier de son équipier, la randonnée se passe en solitaire et la défaillance vient vite pour celui qui est derrière.
Pour ma part, je préfère le tandem pour la grande randonnée, même s'il doit me faire perdre du temps. Je n'aime pas rouler seul, je n'aime pas être lâché ni attendre les compagnons qui traînent ; la machine double concilie donc tout cela pour moi.
Pour une équipe mixte, la question du tandem ne se pose pas (en randonnée, j'entends) : pour une équipe masculine, elle est discutable. Tout dépend, des aptitudes des équipiers. Aussi je me garderai de conclure décisivement et me contenterai de ces quelques mots : "Faites comme nous, essayez !"

Le tableau d'honneur

Les premiers à inscrire leurs noms au palmarès des Diagonales de France sont les suivants :

Brest - Menton
G. GRILLOT et R. COIFFIER
Homme-Homme
Avril 1930
SORIN et Madame
Mixte
Juin 1950
Brest - Strasbourg
Juliette et Lucien LAREYNIE
Mixte
Juillet 1952
Brest - Perpignan
SORIN et Madame
Mixte
Juillet 1949
Dunkerque - Menton
LECOMTE et LIGNIER
Homme-Homme
Juillet 1937
Edith et Robert COMBE
Mixte
Juillet 1952
Dunkerque - Perpignan
J. OUDART et L. LEULLIOT
Homme-Homme
Juillet 1937
Edith et Robert COMBE
Mixte
Juillet 1955
Dunkerque - Hendaye
HOCHARD père et fils
Homme-Homme
Septembre 1935
Juliette et Lucien LAREYNIE
Mixte
Juin 1951
Strasbourg - Hendaye
Madame MASSON et E. LEMAL
Mixte
Août 1939
Hendaye - Menton
Lucette et Jacques BION
Mixte
Mai 1947
Strasbourg - Perpignan
FOURNET et Mlle VERRIER
Mixte
Juillet 1952


Les premiers tandémistes (équipages mixtes) à réaliser l'ensemble des neuf Diagonales sont Edith et Robert Combe (à partir de 1952, ils réalisèrent une Diagonale par an).


Références

- G. GRILLOT, La 1ère Diagonale de France sur Brest-Menton, "Le Cycliste", n°5-6, 1960, p. 125-126 et 128.
- G. GRILLOT, La 1ère Diagonale de France sur Brest-Menton, "Le Cycliste", n°7-8, 1960, p. 145 à 147.
- X, D'un bout à l'autre de la France, "Le Cycliste", n°4, 1936, p. 143.
- X, Diagonales de France - Palmarès 1930-1959, "Le Cycliste", n°1-2, 1960, p. 19-20 et 22.

Mise à jour : 28.08.2008