Le Duralumin est un alliage d'aluminium de
magnésium.
Sa
naissance
O. Hardouin Duparc revient sur son inventeur
dans un article paru dans la "Revue
de Métallurgie" de mai 2004. La découverte
du duralumin est issue de la recherche d'alliages légers
et résistants permettant la fabrication d'armes
légères dans l'Allemagne de Guillaume II.
L'ingénieur-chercheur Alfred Wilm déposa
le 20 mars 1909, à titre personnel, un brevet pour
"un procédé
d'amélioration d'alliage d'aluminium contenant
du magnésium". Ce brevet n°244.544
ne sera rendu public qu'en 1912.
Les usines métallurgiques de Düren, Dürener
Metallwerke AG, acquirent les droits de production de
cet alliage caractérisé par une teneur en
magnésium de 0.5 %, une teneur en cuivre pouvant
varier de 3.5 à 4.5% et de 0.25 à 1% de
manganèse.
"Wilm avait proposé
d'appeler son alliage Hartaluminium mais ce nom fut changé
en Duralumin, pour une meilleure compréhension
internationale. En effet, l'ingénieur-chimiste
Adolf Hupertz (1857-1932) qui avait fondé les Dürener
Metallwerke en 1885 avec l'homme d'affaires Felix Banning
avait déjà développé de nombreux
alliages auxquels il avait donné le nom de Durana-Metalle."
La société Vickers
Company (Vickers Sons & Maxim Ltd.) commença
dès 1909 la construction d'un dirigeable rigide
qui absorba la presque totalité du Duralumin
commercialement produit par les Dürener Metallwerke
en 1910.
(...) La Vickers avait obtenu d'Alfred Wilm les droits de licence pour
l'Angleterre, la France, l'Espagne, le Portugal et l'Italie en 1910 - elle
rétrocédera rapidement ses droits pour la France à la
Société du Duralumin installée à Dives-sur-Mer."
Malheureusement ce dirigeable se brisa pendant son second
vol. "La Vickers commença
alors, à produire elle-même du Duralumin
dès 1911 à Birmingham et entama simultanément
des recherches sur ces alliages dans ses laboratoires
de Barrow-in-Furness (au nord ouest de l'Angleterre, sur
la côte)". C'est ainsi qu'on put lire
deux ans plus tard, un article attribuant la découverte
de cet alliage à H.B. Weeks, directeur des laboratoires
de la compagnie Vickers.
"Il faut cependant reconnaître
que si le Duralumin avait bien été
au départ une découverte allemande, il n'était
plus une propriété allemande et cela pas
seulement à cause de la guerre ou de la vente des
droits de licence. Les Anglais, pour ne citer qu'eux,
avaient apporté des éléments de compréhension
fondamentaux. Ainsi, après n'avoir semble-t-il
pas "vu" le magnésium dans leurs premières
analyses (à la Vickers) des alliages de Düren,
ce sont eux qui réalisèrent que la présence
de silicium en plus du magnésium était indispensable
pour un fort durcissement."
Ils créèrent ainsi les alliages de type
6000.
Son
utilisation dans les cycles
Très rapidement, les constructeurs
de machines et d'accessoires se sont emparés de
cette nouveauté. Et ce, d'autant plus que les concours
de machine axaient le classement sur la légèreté.
Bien évidemment les prometteurs de l'aluminium,
s'associèrent et supportèrent ces concours
dont le fameux concours du GMP devenu dès 1935
: "le
Grand Prix Duralumin" et le "Critérium
des Alpes". C'est à dire à peine 25
ans après les premières applications industrielles
du Duralumin.
"La Pédale"
revient dans un numéro de 1935 sur l'inventaire
des pièces en Duralumin équipant
les 33 machines du Concours des Alpes : "30
paires de moyeux, 28 paires de jantes, 28 guidons, 28
dérailleurs, 21 armatures de selles, 18 porte-bagages,
11 paires de manivelles".
Dès 1936, Nicolas
Barra présenta la première machine dotée
d'un cadre en Duralumin brasé.
La même année, Paul Caminande (marque Caminargent)
mettait au point sa machine aux fameux tubes polygonaux
dans des raccords à pinces. Cette solution mécanique
évitait la rotation des tubes et était plus
résistante que le dudgeonnage utilisé auparavant
par les autres constructeurs.
Albert Six, le fameux technicien, se rangeait
plutôt dans le camp des "aciéristes"
que dans celui des "duristes". Cependant, dans
le numéro de septembre 1936 du "Cycliste",
dans un article intitulé "Faisons le point...",
il revient sur les avantages et inconvénients de
chacun des matériaux :
"En réalité, le dura n'a
pas toutes les qualités de l'acier, puisque les roulements,
les billes, etc..., sont toujours de ce bon vieux métal "démodé".
On forge bien le dura, mais pas moyen d'en faire des cuvettes
qui résistent au frottement. On ne peut faire de ressorts
résistants en dura, etc...
Il semble donc - et je ne mets nullement en doute les qualités de
résistance des machines toutes en duralumin - que l'acier aura encore
longtemps son mot à dire, parce qu'à épaisseur égale,
s'il est plus léger, le dura est moins rigide et plus cassant.
La preuve n'est plus à faire : tous, nous avons expérimenté ce
que je dis : tubes de selle pliant sous la charge, alors que des tubes
de selle en acier, de même section, mais évidemment plus lourds,
tenaient très bien le coup.
Et ce n'est point démolir le dura que de parler
ainsi : je vois la machine moderne comme un excellent
compromis de métal léger (dura) et de métal
noble (acier traité). L'allègement pourra
se donner libre cours sur tout ce qui ne nuit pas à
la sécurité et à la rigidité.
(...) En revanche, qu'attendent les fabricants pour nous donner des carters
de magnétos légers, et des faces de phare de poids réduit à l'extrême
: cela ne les empêchera pas d'éclairer. Nous avons déjà des
mâchoires de frein en dura, et qui tiennent ; des garde-boue et des
tringles qui abaissent sensiblement le poids sans danger pour le cycliste
; quant aux porte-bagages en dura, j'espère bien qu'il n'ont pas
encore dit leur dernier mot."
Il est vrai qu'à cette époque, les
artisans, pour la plupart des artisans doués de
leurs mains, n'avaient pas forcément intégré
les règles simples de résistance des matériaux.
En tout cas dans les années 1935, le cyclotouriste
avait à sa disposition de nombreux accessoires
en Duralumin :
- Jantes Mavic,
- Guidons Ava,
- Plateaux et pédaliers,
- Pédales Tank,
- Moyeux J. Moyne (avec pignons en dural),
- Dérailleurs Cyclo,
- Freins et poignées C. Jeay ou
Lefol et gaines de câble,
- Garde-boue et porte-bagages Comodo
ou Lefol.