Cyclotourisme, ni compétition, ni tourisme pur, mais sport universel - Charles ANTONIN, premier président de la FFCT.
Cyclotourisme : Tandem noir raconte ses voyages et randonnées à vélo, en tandem, le plus souvent en cyclo-camping.

 

 

Les lettres O, P et Q (page 2)

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"Baisse la tête, Marie ..." Dessin d'humour extrait de la revue anglaise The Cyclist repris dans le Cycliste de septembre 1936.










 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Performance

Si on est deux à pédaler, on s'aperçoit vite que l'on ne va pas deux fois plus vite en tandem qu'à vélo. Vélocio dans sa revue "Le Cycliste" en 1905 a très bien expliqué nos exploits sur le plat et nos faiblesses en côte.

La résistance de l'air

"Les deux cyclistes bénéficient tout d'abord de la moitié de la résistance de l'air ; et, de ce fait, sans qu'il résulte pour aucun d'eux la moindre augmentation de fatigue, la vitesse de marche se trouve augmentée.
En effet, à 15 à l'heure, sur route horizontale, un cycliste, pour vaincre la résistance de la machine, dépense 22 000 kilogrammètres par heure soit, pour deux cyclistes, une dépense totale de 44 000 kilogrammètres.
Or, à tandem, une même dépense de force suffit pour faire marcher le couple associé à l'allure de 18 kilomètres à l'heure.
Voilà donc un premier profit bien net, bien liquide, et qui pourtant ne nous coûte absolument rien.

Le plus fort au service du plus faible

Nous trouvons une autre source et profit dans l'excédent de force normalement disponible chez le plus vigoureux des deux cyclistes. En mettant cet excédent inutilisé dans le premier cas du « chacun pour soi » au service du plus faible, le rendement total va se trouver accru d'une façon avantageuse pour les deux coéquipiers.
N'est-il pas reconnu qu'on se fatigue davantage en allant soit à pied soit à bicyclette à une allure sensiblement plus lente que celle à laquelle les muscles sont habitués ? Pour mon compte, me promener à pas comptés sur une place publique me fatigue davantage que marcher à 5 ou 6 kilomètres à l'heure. Habitué à pédaler à 22 à l'heure en palier, pendant mes étapes-transports, et à dépenser ainsi normalement cinquante tonnes-mètre à l'heure, sans entamer d'un iota mes réserves, je n'éprouve aucun soulagement à diminuer mon train de 30 %. J'en suis plutôt agacé. J'aurai donc intérêt à faire à tandem une dépense égale qui, jointe aux 22 tonnes-mètre dont dispose ma coéquipière, portera à 72 tonnes-mètre à l'heure notre capital-travail disponible. Or, 72 tonnes-mètre à l'heure feront marcher un tandem mixte à 22.5 kilomètres sur route horizontale.

La preuve par le calcul

Ces calculs arrondis sont tirés des tables de M. C. Bourlet (...), en augmentant la résistance de la machine du poids du second cycliste (80 kilos) : les bénéfices que nous constations proviennent de la suppression de la résistance de l'air pour le deuxième cycliste dont la surface est entièrement annihilée par celle de son coéquipier.
On peut donc admettre que sur route horizontale, le tandem mixte permet de marcher, à dépense de force égale, à une allure supérieure à celle du meilleur des deux cyclistes pédalant isolement.

Et les côtes ?

A la montée, la note change. Voici une rampe à 6 % que nous faisons isolément à 8 et à 12 à l'heure : à quelle allure la ferons-nous ensemble à tandem ? (...)
A 8 à l'heure, la dépense horaire en kilogrammètres est de 45 tonnes-mètre ; à 12 à l'heure de 71 tonnes-mètre ; nous avons donc un capital-travail disponible de 116 tonnes-mètre qui nous permettra de marcher ensemble à tandem mixte à 10.5 kilomètres à l'heure. Le bénéfice est bien moindre que dans le cas précédent parce que la résistance de l'air n'intervient pour ainsi dire pas ici.
Plus la rampe s'accentuera plus réduit deviendra le bénéfice, mais il y aura toujours bénéfice si le tandem mixte n'était pas affligé d'un défaut capital qui lui enlève parfois tous ses avantages.

De l'importance de l'harmonie

Ce vice caché, dont le calcul et la théorie ne peuvent pas tenir compte, c'est l'impossibilité où sont deux cyclistes de pédaler constamment avec un accord parfait : drawback (NDLR : obstacle) physiologique qui nous montre une fois de plus combien se trompent ceux qui veulent résoudre algébriquement tous les problèmes que la bicyclette suscite autour d'elle.
Ce drawback cependant, dont la valeur varie à chaque instant peut être réduit presque à zéro par une application de tous les instants qui finit par devenir réflexe et rendre telle équipe beaucoup plus homogène que telle autre. Au départ, on ne le sent pas et sur route horizontale il reste longtemps presque nul ; mais quand la fatigue commence à se faire sentir et à la montée dure où la machine a très peu de force vive, le désaccord se manifeste et s'oppose à la parfaite utilisation des forces de chaque équipier. De combien s'y oppose-t-elle ? C'est le quid obscurum de la question qui nous occupe.
Seuls de nombreux essais bien conduits, sur route, en terrain varié, pourront, dans chaque cas particulier déterminer combien ce drawback affecte telle ou telle équipe, mais il sera toujours imprudent de généraliser.
Pour combattre le désaccord au moment où il est le plus sensible, à la montée dure et longue, quelques équipes pourront avec succès recourir au décalage des manivelles, et j'en sais qui au lieu de décaler de 90 % décalent d'un tout petit angle, de 25° par exemple, et prétendent s'en trouver bien ; d'autres n'ont retiré aucun profit du décalage.
(...)

La preuve par le calcul

Revenons à nos calculs. Ils nous ont appris que si en plaine le tandem mixte autorisait une allure supérieure à celle du meilleur équipier, à la montée, il serait absurde de lui demander le même résultat, qu'on doit s'attendre à une perte de vitesse d'autant plus grande que la pente est plus roide. La pratique ici est -chose rare- d'accord avec la théorie.
Quelques tandémistes, croyant pouvoir escompter à la montée un rendement équivalent à celui qu'ils avaient obtenu en plaine, pour n'en pas avoir le démenti forcent plus que de raison, et se surmènent. De là à conclure que le tandem mixte est une erreur, il n'y a qu'un pas.
Or ce n'est pas le tandem mixte qui est coupable ; ce sont ceux qui veulent obtenir plus qu'il ne peut réellement leur donner.
Les cyclistes capables de grimper à 12 à l'heure dans les 6 % pendant une heure ou deux ne sont pas encore légion ; liés, sur un tandem mixte, avec un équipier incapable de grimper à plus de 8 à l'heure, ils auraient un grand tort à vouloir quand même conserver leur vitesse habituelle et tenir tête à leurs autres compagnons pédalant isolément. Ils devront, en cette circonstance, mettre l'amour-propre de côté et faire tranquillement du 10.5 et même du 10, afin d'arriver au bout de la côte ni plus ni moins fatigués que s'ils avaient pédalé seuls.
(...)
L'objection que le désaccord se faisant sentir d'autant plus vite que la vitesse de marche est plus lente et l'élan de la machine moindre oblige les tandémistes à presser l'allure à la montée autant qu'ils peuvent, n'est pas suffisante pour justifier cette course au vanage. On ferait mieux de la combattre par un coup de pédale plus moelleux, plus arrondi, plus souple, plus savant, grâce auquel on passera les angles morts à six à l'heure avec développement de 2 mètres sans les sentir.

Un gain de 50%

Rien d'étonnant, n'est-ce pas, à ce que le tandem mixte se montre régulièrement inférieur dans les côtes. Mais comme, par contre, il se montre tout aussi régulièrement supérieur sur le plat ne serions-nous pas autorisés à conclure que sur un parcours ordinaire (50 km de plat, 25 km de montée et 25 km de descente), le tandem mixte doit marcher à la vitesse du plus fort des deux équipiers et assurer ainsi au plus faible tout le bénéfice de la supériorité musculaire de son compagnon sans plus de fatigue ?
Ce serait trop beau ! Sur route, il faut déchanter et se contenter, ainsi que je l'ai toujours soutenu, contre les optimistes aussi bien que contre les pessimistes, de la moitié de ce bénéfice, en ce sens que toutes choses égales, quand un cycliste de 250 kilomètres par jour s'associera à tandem mixte avec une cycliste de 150 kilomètres par jour, les deux ensemble feront 200 kilomètres. Ce résultat suffit à justifier la présence d'un tandem mixte dans l'écurie de tout jeune ménage de cyclotouristes.
En ce qui est des développements à employer sur cet outil de locomotion, trop longtemps méconnu, il découle, ce me semble de tout ce qui précède que les développements de côte devront être sensiblement inférieurs et ceux de plaine légèrement supérieurs aux développements de la bicyclette de l'homme tout en restant, dans les deux cas, plus élevés que ceux de la bicyclette de la femme qui ne s'en plaindra pas, les femmes aimant mieux, en général, presser plus fort sur la pédale que tourner plus vite.
(...)

Le facteur « désaccord » entre les deux équipiers joue souvent un grand rôle, mais parfois il est peu important. Ses variations tiennent à des circonstances uniquement physiologiques pas du tout commodes à reconnaître et à apprécier.
Si ce facteur ne venait pas à chaque instant obscurcir la question qui nous occupe, nous pourrions, connaissant la force de nos moteurs respectifs, établir une balance exacte entre les dépenses et les recettes et nous aurions le droit de dire qu'en terrain moyennement accidenté le tandem mixte autorise, pour une même fatigue une vitesse et des étapes égales à celle du meilleur équipier : ce que nous perdrions dans la partie côte dure, nous le regagnerions dans la partie palier et à la fin de la journée nous aurions enlevé à tandem mixte nos 250 kilomètres, alors qu'isolément nous n'aurions fait que ce qu'aura pu faire le plus faible, c'est-à-dire 125.
Certaine équipe très homogène, chez laquelle le facteur « désaccord » est de bien faible importance, prétend être arrivée maintes fois à ce résultat merveilleux.
Plus modeste, nous nous contenterons de laisser espérer à ceux qui voudront (...) tâter du tandem mixte, un gain égal à la moitié – l'autre moitié étant abandonnée au facteur « désaccord » - de la différence entre les deux équipiers pédalant séparément."

Mise à jour : 16.01.2004